Tribune cosignée par six Directrices – fondatrices d’agences de relations presse indépendantes basées en région
Cet été, le Journal des Entreprises – média historique économique et territorial – a licencié 35 journalistes, soit 100% de ses rédactions en région, pour bâtir un projet éditorial reposant largement sur l’intelligence artificielle.
Événement isolé ? Loin s’en faut. Depuis janvier, plus de 1 300 postes ont été supprimés ou menacés dans les médias français. À La Tribune, la moitié des postes de journalistes a disparu. Chez EBRA, ce sont plusieurs centaines d’emplois qui sont concernés. Chez Infopro Digital, 19 secrétaires de rédaction pourraient être remplacés par des fonctions assistées par l’IA. Et il existe bien d’autres exemples partout en France. À force de se répéter, ces suppressions de postes pourraient finir par apparaître comme une évolution inéluctable du secteur de la presse.
Un fatalisme auquel nous ne voulons pas nous résoudre.
Nous sommes dirigeantes d’agences de relations presse indépendantes, basées en région, à Bordeaux. Nous ne sommes pas journalistes. Nous sommes leurs alliées. Nous travaillons avec eux, à leurs côtés, depuis dix, vingt ou trente ans. Et ce que nous observons, semaine après semaine, nous inquiète profondément.
Des rédactions qui se vident. Un espace d’expression qui disparaît.
Le mouvement n’est pas nouveau, mais il s’accélère brutalement. Des bureaux de presse en région qui comptaient encore deux ou trois journalistes se réduisent aujourd’hui à un correspondant unique – quand ils ne ferment pas purement et simplement ! Celui-ci relaie quelques actualités locales, illustre à la marge des sujets nationaux, ou est en télétravail, sans plus vraiment couvrir le territoire dont il aurait la charge.
Les explications ? Nombreuses. Un faisceau d’indices : l’impact brutal de l’IA ou encore une consommation différente des contenus informationnels préférant le zapping et la course aux « infos » gratuites. Ne jamais oublier : « quand c’est gratuit, c’est vous le produit ! ». Et tout cela, à l’heure où les algorithmes et l’IA sont gourmands en contenus presse pour éclairer leurs réponses, aiguiller les utilisateurs que nous sommes et s’approcher d’une authenticité recherchée. Que d’injonctions contradictoires !
La conséquence d’une désaffection des rédactions ?
Directe et concrète : de moins en moins de journalistes sur le terrain pour comprendre ce qui s’y passe réellement. Jusqu’à cette question, très pragmatique, qui revient désormais dans nos réunions d’agence : qui reste-t-il seulement à inviter aux conférences de presse ?
Cette érosion nourrit une information toujours plus généraliste, macro, sans nuances ni aspérités – parfois déconnectée des réalités locales. Elle affaiblit une mission pourtant essentielle : décrypter la société, révéler les initiatives d’un territoire, mettre en lumière les dynamiques économiques, informer les citoyens sur ce qui les concerne directement et contribuer ainsi à faire vivre le débat public et la démocratie.
Si des bassins de presse comme ceux de Lyon, Lille ou Nantes restent encore divers et assez fournis, celui de Bordeaux et par extension sa région dispose de peu de médias économiques. Ceux qui restent – Placéco, Les Échos Judiciaires Girondins en Gironde – tiennent, mais au prix d’efforts considérables, dans un environnement de plus en plus hostile. D’autres régions vivent des situations similaires, au détriment des décideurs économiques.
Ce que cela change, aussi, pour nos métiers
Cette crise ne touche pas seulement les rédactions. Elle fragilise, plus discrètement, tout un écosystème. Nos équipes d’attachés de presse ont chaque jour moins d’interlocuteurs journalistiques face à un nombre de sujets qui, lui, ne cesse de croître : un goulot d’étranglement se crée. Des journalistes quittent la profession et souhaitent rejoindre pour certains les agences de RP et de communication – sans que l’on sache toujours comment valoriser leur expérience.
Plus de 20 000 attachés de presse et conseillers en relations publiques sont répertoriés en France selon le SYNAP, Syndicat national des professionnels des relations médias. Notre pérennité économique dépend directement de la vitalité des médias avec qui nous coopérons. C’est aussi simple, et aussi préoccupant, que cela.
Une casse sociale qui nous concerne… tous !
Ce sujet ne regarderait que « les professionnels de la profession », journalistes, attachés de presse, consultants en relations médias ? Absolument pas !
Une presse régionale affaiblie, c’est un territoire qui perd sa mémoire économique, ses relais d’alerte, sa capacité à mettre en lumière ses réussites comme ses difficultés. C’est un sujet qui doit aujourd’hui préoccuper tous les acteurs économiques d’un territoire – entreprises, institutions, décideurs – et pas seulement ceux qui en vivent directement.
Qui demain, pour faire briller les trajectoires et faire le récit de projets ambitieux et porteurs localement ? Qui pour relayer vos croissances externes, l’accueil d’une nouvelle équipe de direction, l’inauguration d’un site industriel innovant ou le déploiement de feuilles de route RSE viables et porteuses pour l’interne et l’externe ? Et ainsi accorder crédibilité et confiance dans l’avenir ?
Agir, à notre échelle.
Face à cette adversité, nous choisissons aujourd’hui d’agir et de porter une voix commune pour rejoindre ceux qui avertissent depuis des mois d’une perte de sens pour notre société. Ceux qui défendent, au nom de l’intérêt général, tous les métiers liés à la construction de la pensée critique.
Nous alertons sur une casse économique et sociale indirecte qui touche l’ensemble de l’écosystème de l’information et plus largement le monde économique.
Nous appelons à ce que chacune et chacun se saisisse de ce sujet.
En respectant le droit d’auteur et les modèles économiques de la presse. Cessons de partager gratuitement des articles entiers sur les réseaux sociaux !
En soutenant financièrement les médias auxquels on tient : s’abonner, plutôt que de passer par une plateforme d’agrégation d’articles.
La presse régionale ne disparaîtra pas en un jour. Elle s’efface, poste après poste, rédaction après rédaction, dans une forme d’indifférence générale. Il est encore temps d’inverser cette tendance – mais seulement si chacun, à son échelle, décide que ce sujet le concerne aussi.
Corinne Hennequin, hémisphère Sud
Anne-Laure Marin, Agence Initiale
Sandra Pacheco Messibah, Hello la Com’
Odile Seiter, CTer&co
Aurore Vinzerich, Madame de la Com’
Lisa Wyler, Wyler & Wyler Intuitu Personae
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L’agence Hémisphère Sud, avec ses bureaux à Paris et Bordeaux, est à vos côtés pour vous aider à concevoir et déployer des stratégies de relations presse adaptées à vos besoins.
Grâce à notre expertise dans les secteurs de l’art de vivre et en influence digitale, nous maximisons votre visibilité auprès des médias et sur les réseaux sociaux.


